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L’abstinence et l’indifférence

In : Informations, Posted by on Août.08, 2011

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L’alcoolisme est considéré comme une maladie chronique, définie par une dépendance définitive et incurable à l’alcool. La dépendance est caractérisée par une perte du contrôle de la consommation ainsi qu’un besoin obsédant d’alcool.

Elle n’a longtemps eu qu’une réponse, l’abstinence volontaire, absolue et définitive. La notion d’abstinence comme seule solution possible a été introduite par des malades alcooliques américains qui en 1935 créent le mouvement des Alcooliques Anonymes. L’idée était somme toute assez simple et logique,  puisqu’il est souvent très difficile, voire impossible de limiter sa consommation d’alcool ; autant ne pas y toucher du tout.

Cette idée a été reprise par les médecins, l’abstinence est devenue l’objectif à atteindre et a été érigée en dogme. Dans ce cadre, le traitement de l’alcoolisme commence par la cure de sevrage, c’est-à-dire l’arrêt total et immédiat de la consommation d’alcool en ambulatoire, à l’hôpital ou en centre de soins spécialisés durant environ trois semaines. Il y a ensuite mise en place d’un traitement médicamenteux (naltrexone ou acamprosate) afin de réduire l’envie de boire, d’un accompagnement psychologique dont le but est de permettre au malade de trouver des parades pour résister à l’appel de l’alcool et une incitation à fréquenter les groupes d’entraide tels Alcooliques Anonymes (AA) ou Vie Libre. En complément, une post-cure de plusieurs mois peut être proposée.

La naltrexone, n’a pas pourtant pas d’efficacité à long terme comme le montre Chick J. dans son article de 2002 : Naltrexone for 3 or 12 months in addition to psychosocial counselling did not reduce drinking in alcohol dependence.

« In patients with alcohol dependence and a recent history of drinking to intoxication, treatment with
naltrexone for 3 or 12 months in addition to standardised psychosocial treatment was no more effective than placebo for reducing alcohol consumption. »

« Chez les patients dépendants à l’alcool ayant des problèmes non résolus avec l’alcool, le traitement associant la naltrexone durant 3 ou 12 mois en plus d’un traitement psychologique normalisé n’a pas été pas plus efficace qu’un placebo pour réduire la consommation d’alcool. »

L’acamprosate non plus « Le nihilisme thérapeutique s’applique tout aussi bien à l’acamprosate » dit Stahl, le pape actuel de la psychopharmacologie.
Stahl SM (2008) Stahl’s essential psychopharmacology. Cambridge University Press, New York

L’abstinence n’est pas une solution en soi puisqu’elle ne permet pas au malade de guérir, elle représente une façon très souvent compliquée et ressentie comme douloureuse pour le malade de contourner le problème. Le patient doit fournir au quotidien des efforts importants et constants. Avec en prime une forte culpabilisation pour tous ceux qui ne parviennent pas à tenir. Ainsi qu’un sentiment de malaise de devoir refuser les verres d’alcool et par là même d’avouer son alcoolisme.

Dans ce cadre, 80% des malades alcooliques refusent de se soigner. La première consultation intervenant en moyenne dix ans après les premiers symptômes de la dépendance (source : www.alcoweb.com), en grande partie à cause de l’abstinence que les malades redoutent ou estiment impossible, tant l’alcool fait partie de la société française.

Il est très difficile d’obtenir un chiffre concernant la réussite de l’abstinence. L’Inserm estime qu’un tiers des patients reste abstinent à un an et 10 % à 20 % au bout de quatre ans. À moyen terme, 15 % des malades acceptant de se soigner arrivent donc à rester à l’écart de l’alcool. Soit 2 % à 4 % des alcooliques, un chiffre dérisoire. Ceux qui arrivent à tenir se savent fragiles et comptent les jours sans boisson, il y a peu de franche réussite, peu d’abstinents heureux.

Marie

« Je fais partie d’une association qui est contre le baclofène, mais moi je suis pour à 100%.
C’est pourquoi j’arrive à promouvoir ce merveilleux baclofène lors des réunions où je profite de la pause cigarettte pour en parler aux malades, je leur distribue de la doc et si cela les intéresse ils prennent contact avec moi.
Si je fais cela c’est pour leurs éviter le calvaire que j’ai vécu il y a 12 ans et qui pendant 6 mois m’a fait mener une lutte sans merci avec l’alcool dans la souffrance et le désespoir.
Les médecins m’avaient donné 6 mois à vivre si je continuais et entre la vie et la mort j’ai choisi la vie.
J’ai arrêté du jour au lendemain aidée par un homme formidable qui était dans une association, par un médecin alcoologue, une femme avec qui ça a collé de suite et l’aide de mon psy.
Les premiers 6 mois ce fut l’enfer, l’alcool m’appelait jour et nuit, je ne sais pas comment j’ai trouvé la force de résister, c’était inhumain mais j’ai tenu, ensuite les pulsions se sont espacées et au bout de 2 ans je pouvais affronter l’alcool sans problème.
Actuellement j’aide et je soutiens 5 malades dont 4 sont sous baclofène.
Récemment un de mes amis a rechuté après 7 ans d’abstinence totale, au bout de 3 semaines de réalcoolisation très forte, il a téléphoné à son psy qui l’a pris en urgence, il est parti immédiatement en sevrage dans un centre de poscure et là miracle on lui a donné du baclofène, le résultat fut quasiment immédiat et depuis un mois tout a bien pour lui, quel dommage pour moi de ne pas avoir pu en profiter, cela m’aurait évité bien des souffrances. »

Indifférence ou suppression de la dépendance

Fin 2008 est paru le livre d’Olivier Ameisen : Le Dernier Verre. Bachelier à 16 ans, pianiste exceptionnel, brillant cardiologue, il commence à boire vers 30 ans, en réponse à une angoisse paralysante. L’alcool est le médicament qu’il choisit pour soigner son mal.

Pris au piège de l’alcool, il essaie tous les traitements disponibles, fréquente assidûment les Alcooliques Anonymes, multiplie les psychothérapies en vain, fait maintes cures de sevrage et rechute à chaque sortie. En milieu protégé, tout va bien, dès qu’il retrouve la vraie vie, c’est la catastrophe. Mais Olivier est médecin et raisonne comme tel ; il est persuadé que le problème est son anxiété, qu’elle a une base neurobiologique et qu’un médicament peut la soigner. Il ne veut pas mourir avant que quelqu’un ne découvre le remède.

Une amie lui envoie un jour un article sur le baclofène. Cet article relate l’histoire d’un cocaïnomane dont la prise de baclofène pour soulager ses spasmes musculaires, diminue sensiblement son envie de cocaïne. Olivier s’intéresse au baclofène qui est un myorelaxant parce que son anxiété s’accompagne de tensions musculaires sévères qu’aucun médicament ne parvient à soigner. Il pense que les deux choses sont liées. Il se connecte alors à Internet, tape « baclofène panique » puis « baclofène anxiété » et enfin « baclofène alcool » dans Google et découvre les premiers articles scientifiques concernant ce médicament. De part sa formation médicale, il sait les évaluer et les trouve prometteurs.

Il augmente peu à peu la dose jusqu’à 180 mg/j. Son anxiété diminue fortement, son craving aussi mais de façon insuffisante. Entre deux cuites il poursuit ses recherches sur le baclofène, passe des heures sur le site de PubMed qui référence les articles de toutes les revues médicales et s’intéresse aux articles concernant les animaux. Tous les articles disent la même chose, que ce soit pour la cocaïne, l’héroïne ou l’alcool, le baclofène supprime l’envie de consommer chez les rats de façon dose dépendante : à faible dose le baclofène réduit le craving, à forte dose il le supprime. La dose suppressive est pour les rats comprise entre 3 mg/kg et 4 mg/kg selon les drogues dont ils sont dépendants.

Il recommence alors le traitement en se fixant un maximum de 300 mg/j. Son protocole est très strict et rapide, 20 mg de plus tous les 3 jours. Le 14 février 2004, 37 jours après le début de son traitement, il atteint la dose de 270 mg/j et découvre ce qu’il appelle l’indifférence.

« On nous a apporté le thé, Rebecca observait les gens et moi je lisais les journaux. Au bout de cinq ou dix minutes, j’ai levé les yeux et laissé mon regard errer dans la salle. À une table voisine, un homme buvait une boisson ambrée (whisky ou cognac sans doute), et cela ne m’a rien fait.

Et voilà, je gardais les yeux sur un verre et restais de marbre. C’était devenu un simple objet. Ce soir-là, pour la première fois depuis que j’étais devenu alcoolique, je n’ai pas eu envie de boire.»

Olivier Ameisen est le premier à avoir connu et rapporté l’indifférence. Après avoir lu son livre avec espoir, d’autres malades ont voulu suivre son chemin et découvert ce qu’était l’indifférence.   En prenant du baclofène, ils ont vécu à leur tour la fin de leur dépendance et constaté la suppression de leur maladie.

Catherine

« Je crois que l’indifférence est la notion la plus difficile à intégrer lorsque l’on est malade. Avant d’être guérie, malgré les témoignages, j’avais du mal à croire que la vue de l’alcool ne me ferait ni chaud ni froid. Je savais que ça existait mais je ne voyais pas à quoi ça pouvait ressembler.

Aujourd’hui, je peux dire qu’il n’y a rien de plus génial que cette sensation. CAR CETTE SENSATION N’EXISTE PAS! JE ME FOUS DE L’ALCOOL, JE NE PENSE PLUS A L’ALCOOL! COMMENT PEUT-ON AVOIR DES SENSATIONS PAR RAPPORT A UNE CHOSE A LAQUELLE ON NE PENSE PAS? »

Cécile

« Quelle que soit la situation de stress, d’angoisse, je n’ai plus la réaction de boire pour aller mieux.
Je ne réponds plus à mes pulsions parce qu’elles n’existent plus.
Je ne repousse pas la tentation parce qu’elle n’existe pas.
L’indifférence n’entraîne pas l’abstinence même si elle la favorise, ma guérison a été obtenue sans douleur car autrement je ne pouvais, ne voulais pas me soigner … »
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Le déni et la co-dépendance

In : Informations, Posted by on Août.08, 2011

Commentaires fermés sur Le déni et la co-dépendance

La consommation excessive d’alcool et l’alcoolisme, ne sont pas des sujets neutres à aborder, ils nous renvoient à nos propres représentations par rapport à l’alcool.

Chacun d’entre nous connaît , dans sa famille, son entourage, une personne ayant un problème grave lié à l’alcool dont il n’est pas fier. Alors forcément, quand cela nous touche nous aussi, nous avons tendance à nier ce problème.

Je ne bois pas plus que les autres, mes copains, mon beau frère, jamais le matin, le week-end seulement, parfois la semaine mais rarement …

Le déni, est un mécanisme de défense finalement assez ordinaire et compréhensible. Loin de toute volonté de mensonges, notre propre discours se trouve parfois soumis à des déformations singulières.

La société très tolérante et ne voulant pas reconnaître ce problème, l’alcoolisme, ne favorise pas l’acceptation d’une maladie « honteuse » et très difficile à soigner, il est donc plus facile pour tous, le malade comme l’entourage de faire comme si de rien n’était.

De plus la culture française entretient le déni sur les dangers de l’alcool, qui est pourtant une drogue. L’alcool et notamment le vin sont valorisés, il suffit d’en consommer raisonnablement.

Le consommateur excessif n’a alors qu’une chose à faire : minimiser sa consommation pour rentrer dans le rang, se considérer et être considéré comme quelqu’un de normal.

On explique souvent le déni par les sentiments de honte, et culpabilité, que pourrait ressentir le malade.

Se reconnaître alcoolique mènerait la personne à croire et à avouer aux autres ce que lui-même pense des alcooliques : ce sont des êtres méprisables, monstrueux, dégoûtants. Ainsi en exigeant de l’individu qu’il reconnaisse son alcoolisme, on ne lui demande rien de moins que de s’avouer en dessous de tout.

Souvent, même le médecin de famille ferme les yeux et ne répond pas aux timides questions de la personne dépendante qui s’interroge sur sa consommation en hausse, l’enfermant dans un mensonge qui au fond arrange tout le monde.

Combien d’entre nous sont repartis de chez leur médecin en n’ayant pas pu aborder le problème qui commence à nous préoccuper : notre consommation excessive, oh non pas vous ..

Le déni: un symptôme de l’alcoolisme

« Le patient alcoolique minimise ou nie l’existence d’une consommation d’alcool excessive à son médecin. Cette caractéristique clinique s’explique par le déni qui est une construction partiellement inconsciente qui vise à gérer l’angoisse générée par la prise de conscience d’un problème difficilement acceptable, par la perspective d’un sevrage et par le changement radical de mode de vie qu’implique l’abstinence totale.
Le médecin, dont le rôle est de motiver le patient à se soigner, peut aider le patient par la prise en compte et la gestion du déni. Quelques exemples de stratégies utilisables en pratique générale sont reprises dans cet article. »

Lorsque l’excès d’alcool entraîne trop de conséquences négatives, la souffrance apparaît. Elle peut être physique, psychique, entrainer des difficultés avec son conjoint, sa famille, ses relations professionnelles.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, au moins au début de son histoire avec l’alcool, le malade perçoit ces difficultés et les relie à sa conduite d’alcoolisation. L’analyse qu’il porte sur lui-même, comparée aux images qu’il a de l’alcoolique (ivrogne, clochard, tyran domestique) provoque une prise de conscience et une auto-critique.

Il s’agit bien évidemment d’un jugement très négatif où se mêle honte, culpabilité et rejet de soi. Cette perception va pousser la personne à se prouver et à prouver aux autres qu’il n’est pas identique à cette image. La meilleure façon d’y parvenir est de se prouver qu’il n’est pas alcoolique, qu’il ne boit pas trop, qu’il peut s’arrêter de boire quand il le souhaite. Malheureusement, une fois dépendant, le malade alcoolique ne peut plus contrôler sa consommation et le déséquilibre initial s’aggrave.

Au fur et à mesure du développement de son alcoolisme, le malade alcoolique prend de plus en plus l’habitude d’éluder le problème chaque fois qu’il se trouve confronté à des situations pénibles liées à l’alcool. Cela aboutit à encore plus de problèmes non résolus et à une prise d’alcool pour essayer d’y faire face. La spirale infernale commence, problèmes : alcool, alcool : problèmes ..

Tout ceci aboutit à une grande solitude : le malade alcoolique lutte afin de ne pas reconnaitre son alcoolisme et boit en cachette. Il peut même arrêter de boire pendant un laps de temps, et s’étant prouvé qu’il peut arrêter, il se remettra à boire avec moins de culpabilité : je peux m’arrêter quand je le souhaite. Ceci durera tant qu’il n’aura pas reconnu son problème et tenter de le résoudre, tant qu’il ne sera pas sorti du déni.

Cécile :

« Pendant toute la période où je buvais, j’ai été dans le déni sans le savoir car ce mot n’évoquait rien pour moi. J’ai commencé adolescente avec les surprises-parties, puis continué ensuite tout naturellement dans ma vie de femme par un alcoolisme mondain qui est vite devenu quotidien. Pour moi c’était naturel et le côté répétitif de mes prises d’alcool ne me gênait en rien. Quand le monde où je vivais a basculé, c’est à dire quand ma famille s’est retrouvée du jour au lendemain sans rien, j’ai bien évidement continué à boire. Là, encore cet état de fait me semblait naturel, il me fallait bien me donner du courage pour affronter les choses, en cela l’alcool était mon allié …
Mes enfants grands et partis, j’ai commencé à penser que je pouvais avoir un problème avec l’alcool. Mais je n’avais aucune envie de supporter les douleurs de l’abstinence.
J’ai vu une émission à la télévision où l’on parlait d’un médicament pour vaincre l’envie de boire et surtout d’un livre. J’ai acheté le livre  Le dernier verre  du Professeur Olivier Ameisen et là …..
J’ai d’abord fait une première lecture en allant directement aux pages qui avaient trait à l’alcool. Chaque phrase, chaque mot percutait tout mon être. Arrivée à la fin du livre je savais que j’avais été toute ma vie dans le déni et que je venais d’en sortir. J’étais dans un état d’une grande tranquillité mêlé à une certaine forme d’excitation. J’ai relu le livre plusieurs fois. Plein de pages sont cochées et de mots soulignés. Je suis guérie et sais fort bien que c’est grâce à ce livre puis ensuite bien évidement grâce au baclofène. »

CO-DEPENDANCE ET DESIGNATION – Docteur Michel JACQ – Elément de référence/communication présenté lors de la journée organisée à l’attention des médecins du travail, le jeudi 11 juin 2009

a) Celui (ou celle) qui nous gâche la vie :
C’est ainsi souvent qu’est désigné le malade alcoolique. A la fois coupable de ne pas savoir boire comme les autres et coupable de ne pas vouloir reconnaître quand il s’alcoolise plus que de raison, le perturbateur est avant tout celui qui fait souffrir les autres.
b) Celui (ou celle) que l’on aime sinon on ne serait plus là !
Il s’agit bien là d’un paradoxe, plus la souffrance est grande, plus elle témoigne de l’amour porté au malade. En même temps, on retrouve là le raisonnement de l’abandonnique qui met l’autre à l’épreuve pour faire la preuve… qu’on l’aime toujours.
c) Celui (ou celle) qui nous fait honte…
Assez souvent, le malade alcoolique par ses troubles du comportement, attire l’attention du voisinage ; la famille n’a plus alors comme solution que de cacher, de le cacher quand il a bu et progressivement de se cacher en temps que famille. Le cercle des amis se restreint, cette dissimulation s’accompagne d’une honte de ce qu’ils sont.

Au début le conjoint protège et excuse le malade : Il travaille beaucoup … il a beaucoup de soucis… ses amis l’entraînent à boire… il ne sait pas dire non…. Et cache à son entourage les épisodes qui le mettent le plus mal à l’aise.

Puis tente de contrôler la consommation d’alcool de son partenaire. S’il boit peu, l’espoir revient sinon c’est la déception. Peu à peu le conjoint perd confiance en lui et en sa capacité à aider et à empêcher de boire son conjoint.

En réagissant ainsi, le conjoint s’épuise, perd espoir. Il en vient à oublier de s’occuper de lui même. Maintenant, l’alcool dirige sa vie autant que celle de son conjoint. Il est pris par le cercle vicieux de la co-dépendance.

Lorsque l’alcoolisme devient trop évident, commence la phase de la lutte avec son entourage. Ceci aboutit à détériorer complètement la relation entre le malade et son entourage : le malade se sent persécuté par sa famille. La famille se sent dupé par le malade qui fuit sans arrêt, accumule les problèmes, nie sa dépendance ou quand il la reconnaît fait des promesses qu’il ne peut tenir du fait de sa maladie alcoolique.

Il s’ensuit une agressivité réciproque qui va aboutir à des rancunes bilatérales. En plus de la maladie vont se rajouter d’énormes problèmes familiaux et sociaux, presque toujours les mêmes.

La famille, avec les meilleurs intentions du monde, va persécuter à son insu la personne dépendante. Pas plus que le malade, elle ne sait pas qu’elle a en face d’elle un drogué et ne sait comment faire. Elle donne des conseils totalement inadaptés. Il en découle des conflits qui vont aller en s’aggravant, de la violence et un véritable calvaire autant pour le malade que pour son entourage.

Au bout d’un certain nombre d’années, l’entourage, s’il n’est pas devenu aussi malade que le malade lui-même, n’aura qu’une ressource de survie : fuire. Ceci explique un nombre considérable de divorces dans la maladie alcoolique.

Claudie :

« Nous sommes ensemble depuis 17 ans , j’ai toujours su qu’il avait un problème avec l’alcool, mais je lui trouvais milles excuses ! pendant les périodes « clean  » j’avais un mari formidable. Puis les années passant les périodes « clean  » sont devenues plus courtes , jusqu’à cette année 2009 qui fut pour nous une année de cauchemars !!!!! mon mari est devenu  mister hyde.
Mais je ne voulais pas le laisser tomber dans le caniveau, alors chaque jours que dieu a fait j’ai pardonné, caché à nos enfants (qui sont loin d’être aveugles ).
le dernier trimestre 2009 mes nerfs ont lâchés, la peur m’a prise je ne gérais plus rien , il est devenu incontrôlable! Nous avons passé un Noël en enfer!
Nous avons fait une table ronde je lui ai annoncé ma décision NOTRE DEPART !
Cela m’a brisé le coeur de le voir ainsi mais je ne pouvais plus rester comme ca, voir la douleur dans les yeux des enfants, j’ai quelque part espérer que cela aller lui faire un électrochoc…
et j’ai eu raison il est allé voir notre généraliste et lui a demandé de l’aide ! il est revenu a la maison avec AOTAL , SERESTA et interdiction de boire une goutte d’alcool !!!
Il était complétement abruti avec les médocs , les crises de manque étaient terribles, mais il voulait se soigner !
Désespérée de le voir ainsi souffrir j’ai surfé une dernière fois sur le net et la j’ai trouvé un site sur le baclofene ! »

Diverses stratégies peuvent être utilisées pour faciliter la prise de conscience du sujet dépendant. Un contrôle sanguin banal peut être un prétexte pour l’évoquer.
Les complications potentielles sont, pour certains, l’occasion de se rendre compte de leur alcoolisation excessive. La survenue d’un événement « grave » (conduite en état d’ivresse et accident de la route, accès de violence incontrôlable) sont déterminants pour la prise de conscience du malade.
Quelque soit la modalité de la sortie du déni, c’est le malade lui-même qui doit pouvoir envisager sa maladie. Cette condition est une étape incontournable pour accepter de se soigner.

Le fait que cette maladie soit considérée comme non guérissable, le fait qu’il en faille passer par le sevrage et l’abstinence si difficile et douloureuse à tenir n’arrange pas les choses. Et pourtant, avec le baclofène les choses sont plus simples et faciles …



la dépendance à l’alcool

In : Informations, Posted by on Août.08, 2011

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En France, on estime que cinq millions de personnes ont un problème avec l’alcool, c’est-à-dire qu’elles ont régulièrement une consommation excessive de boissons alcoolisées ; parmi elles deux millions sont alcoolodépendantes. La frontière entre les deux groupes n’est pas très claire ni facile à établir.

Un document édité par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé en 2008, nous donne un aperçu des populations à risque en France :

Ces résultats sont issus d’une étude en population générale qui distingue pour la première fois en France les modes de consommation d’alcool à risque, la consommation modérée et la non-consommation.
Les consommateurs excessifs d’alcool sont en général insuffisamment diagnostiqués.

« En France, le risque d’alcoolisation excessive, ponctuel ou chronique, concerne surtout les hommes : plus de quatre hommes sur dix et plus d’une femme sur dix. Entre 25 et 64 ans, il touche un homme sur deux.
Ces comportements sont moins fréquents chez les personnes vivant au sein d’une famille, sauf lorsque l’un des membres présente un usage à risque.
Les liens entre le risque d’alcoolisation excessive et les catégories socioéconomiques sont contrastés. Chez les femmes, le risque n’est patent que pour les cadres alors que chez les hommes, il touche aussi bien les ouvriers que les cadres, mais moins fréquemment les employés. Le risque est plus souvent chronique que ponctuel chez les personnes ayant connu des épisodes de précarité au cours de leur vie, chez les hommes exerçant une profession intermédiaire, chez les artisans, commerçants ou chefs d’entreprise, ainsi que chez les hommes ayant des revenus faibles. La non-consommation, quant à elle, se concentre dans les catégories les moins aisées. »

La plupart des malades ayant un problème avec l’alcool hésitent en effet à consulter un médecin et tendent à minimiser auprès des autres et d’eux mêmes les quantités qu’ils consomment.

La peur d’être étiqueté comme un « alcoolique », avec toute la connotation péjorative que cela implique, freine très souvent le buveur excessif à parler de ses problèmes d’alcool.
De plus bien souvent son entourage, son médecin parfois, minimise également le problème tant cette maladie que tout le monde s’accorde à reconnaitre terriblement difficile à soigner, fait peur.

Pourtant l’alcoolisme est un maladie, pas un vice et la volonté n’a pas beaucoup de prises sur elle.

Alcoolodépendance

Au-delà du nombre de verres consommés, l’alcoolodépendance est l’incapacité d’une personne à ne pas consommer d’alcool. La perte de liberté d’un individu par rapport à l’alcool, l’impossibilité de se passer de boire malgré les dommages subis du fait de cette alcoolisation. Une fois la dépendance installée, boire devient une nécessité, le désir de cesser de boire ne suffit pas. La volonté n’a que peu de prise.

La dépendance peut être d’ordre physique, c’est le cas si le fait de s’abstenir de boire un jour est à l’origine de malaises (tremblements le matin au réveil, anxiété, sudation, agitation, tachycardie, etc.) qui cessent dès que la personne s’alcoolise.

Elle peut être simplement  d’ordre psychique si le fait de ne pas boire n’entraîne aucune manifestation physique. Il s’agit dans ce cas d’un désir impérieux de renouveler la prise d’alcool, d’une incapacité à maîtriser sa consommation, les verres s’enchaînant les uns après les autres, ou l’impossibilité de s’abstenir de consommer plus de quelques jours.

Lors d’un traitement classique (cure de sevrage plus accompagnement psychologique), la dépendance physique est relativement facile à régler. Un sevrage de quelques jours permet de s’en débarrasser ; il n’en est pas de même de la dépendance psychique qui perdure de longues années et conduit de façon majoritaire les malades à une rechute. Dès lors qu’elle devient dépendante, une personne a beau se raisonner, savoir que l’alcool est destructeur, se promettre ou promettre à ses proches tous les matins de ne pas céder à l’alcool, chaque jour le même scénario se reproduit, le désir monte et la personne finit par craquer.

On se dit de façon illusoire : « Aujourd’hui je me limiterai, un verre et j’arrête ! », mais les verres s’enchaînent toujours. On est parfaitement conscient de cela. On sait qu’une fois le premier verre bu, les autres s’enchaîneront, mais quelque chose de plus fort que l’intelligence nous pousse à prendre ce premier verre. La raison, la volonté, la honte, l’amour que l’on porte à sa famille, ses enfants et la culpabilité que l’on ressent à se comporter de cette façon n’ont que peu de prises.

Voici les critères de dépendance selon la classification DSM-IV

Le DSM-IV présente l’addiction comme un mode d’utilisation inapproprié d’un produit entraînant des signes physiques et psychiques. Elle se manifeste par l’apparition d’au moins trois des signes ci-après sur une période d’un an.

une tolérance (ou accoutumance) qui se traduit soit par une augmentation des doses pour un effet similaire, soit par un effet nettement diminué si les doses sont maintenues à leur état initial.
– un syndrome de sevrage en cas d’arrêt ou une prise du produit pour éviter un syndrome de sevrage.
– une incapacité à gérer sa propre consommation, l’usager consomme plus longtemps ou plus qu’il ne le voulait.
– des efforts infructueux pour contrôler la consommation.
– un temps de plus en plus important est consacré à la recherche du produit.
– les activités sociales, culturelles ou de loisir sont abandonnées en raison de l’importance que prend le produit dans la vie quotidienne.
– une poursuite de la consommation malgré la conscience des problèmes qu’elle engendre.

Tolérance et sevrage constituent la dépendance physique, et ne recouvrent que deux critères sur 7. Il est donc possible d’être dépendant au sens du DSM sans avoir développé de tolérance physique.
Pour savoir où vous en êtes avec le problème d’alcool, un test est disponible ici

De manière claire, l’alcool peut donner lieu, sil est consommé avec excès et longtemps, à une accoutumance, à une augmentation de la tolérance, à une forte dépendance psychologique et, dans bien des cas, à une dépendance physique. Et cela, dune manière d’autant plus insidieuse que tous ne sont pas égaux devant l’alcool. « La capacité, pour une substance dite psycho-active, d’induire des symptômes de sevrage (delirium tremens, épilepsie et autres …), d’être neurotoxique et de susciter un besoin intense de consommer à nouveau, définit sa nature de drogue. L’alcool répond évidemment à ce critère » (Dr Jean ADES).
L’alcool, une drogue dure dont l’usage est cependant licite.

L’alcoolisme est une maladie chronique à évolution progressive se présentant par des symptômes tels qu’une envie irrésistible de boire malgré des conséquences fâcheuses sur la vie sociale, affective, professionnelle ou sur la santé. Comme beaucoup d’autres maladies, son évolution est souvent prévisible avec des complications bien décrites.

l’alcoolisme se transmet souvent de génération en génération. Cela s’explique, en partie, par une transmission génétique. Il ne faut pour autant pas confondre risque et fatalité. Si le risque de développer des problèmes d’alcool est trois fois plus important pour un enfant dont l’un des parents est alcoolo-dépendant, seule une partie d’entre eux deviennent alcooliques. A l’inverse, une personne sans aucun antécédent d’alcoolisme familial peut devenir alcoolo-dépendante.

Il semblerait également que les personnes très sensibles à l’alcool, celles qui ne tiennent pas l’alcool, soient mieux protégées contre la maladie alcoolique.

L’entourage et l’environnement d’une personne, son exposition au stress et la disponibilité de l’alcool sont des facteurs qui influent également la consommation d’alcool et le développement de l’alcoolisme. A l’inverse d’autres facteurs liés à la personnalité et à l’entourage familial peuvent avoir un effet protecteur, même pour quelqu’un présentant un haut risque de développer des problèmes d’alcool.