Indifférence à l’alcool

Fin 2008 est paru le livre d’Olivier Ameisen : Le Dernier Verre. Bachelier à 16 ans, pianiste exceptionnel, brillant cardiologue, il commence à boire vers 30 ans, en réponse à une angoisse paralysante. L’alcool est le médicament qu’il choisit pour soigner son mal.

Pris au piège de l’alcool, il essaie tous les traitements disponibles, fréquente assidûment les Alcooliques Anonymes, multiplie les psychothérapies en vain, fait maintes cures de sevrage et rechute à chaque sortie. En milieu protégé, tout va bien, dès qu’il retrouve la vraie vie, c’est la catastrophe. Mais Olivier est médecin et raisonne comme tel ; il est persuadé que le problème est son anxiété, qu’elle a une base neurobiologique et qu’un médicament peut la soigner. Il ne veut pas mourir avant que quelqu’un ne découvre le remède.

Une amie lui envoie un jour un article sur le baclofène. Cet article relate l’histoire d’un cocaïnomane dont la prise de baclofène pour soulager ses spasmes musculaires, diminue sensiblement son envie de cocaïne. Olivier s’intéresse au baclofène qui est un myorelaxant parce que son anxiété s’accompagne de tensions musculaires sévères qu’aucun médicament ne parvient à soigner. Il pense que les deux choses sont liées. Il se connecte alors à Internet, tape « baclofène panique » puis « baclofène anxiété » et enfin « baclofène alcool » dans Google et découvre les premiers articles scientifiques concernant ce médicament. De part sa formation médicale, il sait les évaluer et les trouve prometteurs.

Il augmente peu à peu la dose jusqu’à 180 mg/j. Son anxiété diminue fortement, son craving aussi mais de façon insuffisante. Entre deux cuites il poursuit ses recherches sur le baclofène, passe des heures sur le site de PubMed qui référence les articles de toutes les revues médicales et s’intéresse aux articles concernant les animaux. Tous les articles disent la même chose, que ce soit pour la cocaïne, l’héroïne ou l’alcool, le baclofène supprime l’envie de consommer chez les rats de façon dose dépendante : à faible dose le baclofène réduit le craving, à forte dose il le supprime. La dose suppressive est pour les rats comprise entre 3 mg/kg et 4 mg/kg selon les drogues dont ils sont dépendants.

Au lendemain d’une cuite, il recommence alors le traitement en se fixant un maximum de 300 mg/j. Son protocole est très strict et rapide, 20 mg de plus tous les 3 jours. Le 14 février 2004, 37 jours après le début de son traitement, il atteint la dose de 270 mg/j et découvre ce qu’il appelle l’indifférence.

« On nous a apporté le thé, Rebecca observait les gens et moi je lisais les journaux. Au bout de cinq ou dix minutes, j’ai levé les yeux et laissé mon regard errer dans la salle. À une table voisine, un homme buvait une boisson ambrée (whisky ou cognac sans doute), et cela ne m’a rien fait. Et voilà, je gardais les yeux sur un verre et restais de marbre. C’était devenu un simple objet. Ce soir-là, pour la première fois depuis que j’étais devenu alcoolique, je n’ai pas eu envie de boire

Olivier Ameisen est le premier à avoir connu et rapporté l’indifférence. Après avoir lu son livre avec espoir, d’autres malades ont voulu suivre son chemin et découvert ce qu’était l’indifférence.   En prenant du baclofène, ils ont vécu à leur tour la fin de leur dépendance et constaté la suppression de leur maladie.