En France, 7 % des décès sont attribuables à l’alcool

INFOGRAPHIE – Après un siècle de diminution, la consommation stagne et représente encore un lourd fardeau sanitaire.

Les chiffres sont têtus: n’en déplaise à ses défenseurs, l’alcool tue. 41.000 personnes par an, selon le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié ce mardi. Si la consommation d’alcool a énormément baissé en quatre-vingts ans – elle est passée de 65 grammes d’alcool pur* par adulte et par jour à la fin des années 1930, à 26 grammes en 2013, selon les données de vente -, elle reste désormais stable. Et les Français demeurent parmi les plus gros consommateurs au monde.

Un impact «considérable»

L’alcool, en particulier le vin rouge, a longtemps été présenté comme un produit à consommer certes «avec modération», mais bénéfique si pris en petites quantités. Or «les minimes et très sélectifs effets protecteurs de l’alcool sont réduits à néant par ses effets délétères», insiste dans l’éditorial du BEH François Bourdillon, directeur général de Santé publique France. Il cite le Pr Emmanuela Gakidou, épidémiologiste à l’université de Washington et auteur d’une étude sur le fardeau sanitaire mondial de l’alcool publiée en août 2018 dans The Lancet : en matière d’alcool, il ne fait plus aucun doute que «moins c’est mieux, rien du tout c’est encore meilleur».

Les épidémiologistes Christophe Bonaldi et Catherine Hill se sont donc attelés dans ce BEH à comptabiliser le nombre de morts attribuables à l’alcool chaque année en France. En combinant les fractions de risques pour diverses maladies, aux prévalences de consommation, ils ont estimé que 30.000 hommes et 11.000 femmes étaient morts à cause de l’alcool en 2015 ; dont 16.000 décès par cancers, 9900 par maladies cardiovasculaires, 6800 par maladies digestives, 3000 par d’autres maladies (diabète, maladie mentale, épilepsie, etc.) et 5400 par accident ou suicide.

«Soit, respectivement, 11 et 4 % de la mortalité» des hommes et des femmes, écrivent les auteurs, avec une moyenne globale de 7 %. L’alcool a donc un impact sanitaire «considérable». Et «même à la dose relativement modérée de moins de 18 grammes d’alcool pur consommé par jour»(moins de 2 verres), certains risques sont réduits mais «le risque global est augmenté», avec 500 décès. Des chiffres qui montrent bien que les repères de consommation (maximum 2 verres par jour avec au moins deux jours par semaine sans consommation) sont à comprendre comme une quantité offrant un risque, non pas nul, mais «acceptable pour un individu qui choisit […] en connaissance de cause», plaide François Bourdillon.

Des mesures efficaces

Les auteurs précisent cependant que 90 % de ces décès sont liés à une consommation de plus de 5 verres par jour. Le BEH nous apprend par ailleurs que 10 % des buveurs sont à l’origine de 58 % de la consommation d’alcool. «Ces gros consommateurs sont ceux qui font la richesse des alcooliers, et qui subissent l’essentiel des dommages», rappelle le Pr Michel Reynaud, psychiatre et addictologue, président du Fonds actions addictions. «On connaît les mesures efficaces: d’abord, il faut augmenter le prix minimum de l’alcool, ce qui retarde la consommation des jeunes et diminue celle des gros buveurs.» Entre autres urgences, insiste l’addictologue, il faut «dénormaliser l’ivresse. Derrière le mythe du bon vivant, ce cache le gros buveur excessif et dépendant».

* Quelle que soit la boisson alcoolisée, un verre (25 cl de bière à 5°, 10 cl de vin à 12°, 2,5 cl de whisky à 40°…) contient environ 10 grammes d’alcool pur.

http://sante.lefigaro.fr/article/en-france-7-des-deces-sont-attribuables-a-l-alcool

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